Christophe Tartari : « Grenoble va gagner 3-2 et Sacha Treille va marquer »

Christophe Tartari : « Grenoble va gagner 3-2 et Sacha Treille va marquer »

Ce dimanche, sur la glace de Bercy, les Brûleurs de Loups tenteront de décrocher leur septième Coupe de France. Pour l’occasion, Métro-Sports est parti à la rencontre d’une légende du club au palmarès vertigineux : Christophe Tartari. Vingt saisons en professionnel, 858 matchs disputés sous le chandail grenoblois, quatorze trophées remportés et un maillot retiré qui flotte à Polesud : le Grenoblois a marqué l’histoire de son club de cœur. Un parcours inspirant sur lequel il est revenu en amont de la finale de la Coupe de France, un rendez-vous qu’il connaît bien pour avoir soulevé à trois reprises le trophée Pete Laliberté (2008, 2009, 2017). Régulièrement présenté comme « l’âme des Brûleurs de Loups », Christophe Tartari s’est livré dans un entretien « long format », comme rarement depuis la fin de sa carrière.

Christophe, tu as mis un terme à ta carrière en 2022, après plus de 850 matchs disputés avec les Brûleurs de Loups. Comment se passe ton après-carrière ?

« En effet, j’ai arrêté il y a quatre ans déjà ! Que le temps passe vite, très vite même (rires). Ma reconversion a débuté sur la fin de ma carrière puisque, dès 2017, j’avais entrepris avec Stéphane Gervais (l’actuel préparateur physique des Canadiens de Montréal, ndlr) et Julien Baylcaq (l’actuel directeur du centre de formation des Brûleurs de Loups, ndlr) de fonder notre centre de flottaison. Nous étions alors les seuls à proposer cela à Grenoble et l’objectif était d’ouvrir des franchises en France. Malheureusement, la conjoncture économique à la sortie de la crise sanitaire n’était pas optimale et a donc prématurément mis un terme à ce projet.

J’ai ensuite été recruté en tant que responsable commercial par l’entreprise ABC, qui œuvre à la fois dans la sécurité, dans l’événementiel et dans les formations réglementaires en entreprise. Pendant près d’un an et demi, cette expérience m’a permis de toucher un petit peu à tout et de mettre en pratique ce que j’avais pu acquérir en tant qu’entrepreneur, grâce à la confiance de Gilles Cogerino.

Et puis, au début de l’année 2026, j’ai eu une belle opportunité qui s’est présentée à moi par l’intermédiaire d’Éric Marciano, président du groupe EDM, que j’ai connu à travers le hockey. Je suis donc devenu ambassadeur commercial dans ce groupe spécialisé dans la transformation de métal à plat, ouvrant ainsi une nouvelle page de ma carrière professionnelle. »

Pour autant, tu n’as pas totalement tiré un trait sur le hockey et je te sais encore très attaché à ton club de cœur. Quel regard portes-tu justement sur la saison des Brûleurs de Loups ?

« Forcément, après vingt années en professionnel passées dans un seul et unique club, je reste attaché à celui-ci. Malgré tout, je suis rattrapé par la réalité du quotidien et je vais un peu moins à la patinoire qu’auparavant. J’ai quand même pu suivre leur saison, et notamment leur superbe parcours en CHL, qui a permis à mes amis avec lesquels j’ai évolué de vivre des moments inoubliables. Certains d’entre eux iront aux Jeux olympiques et je tenais vraiment à les féliciter pour cela.

Avec le recul, on connaît aussi le revers de la médaille d’un tel parcours en CHL, et notamment les séquelles physiques et mentales qu’il peut laisser. Cela demande de se donner à 200 %, et quand on retourne sur la glace en Ligue Magnus, il y a une forme d’épuisement qui apparaît et qui explique des résultats en dents de scie ces derniers temps. Pour autant, la saison ne fait que commencer puisque le plus important reste la finale de la Coupe de France ce dimanche, puis le début des play-offs. C’est le moment le plus excitant et celui que tout le monde attend. »

Ces dernières années, le hockey s’est imposé comme un sport majeur dans le paysage sportif grenoblois, comme en témoigne l’affluence à Polesud. Comment analyses-tu cela ainsi que l’évolution de cette pratique en France ?

« Je constate l’engouement qu’il y a actuellement autour des Brûleurs de Loups, avec une patinoire régulièrement pleine. Pour autant, il faut faire attention à bien garder le sport au centre de l’équation. De toute façon, les résultats sportifs vont de pair avec l’engouement d’un public attiré par tout le spectacle qui entoure le hockey. Il est évident que, sans ce parcours client et sans ce sport-spectacle mis en place, il n’y aurait pas autant de monde à Polesud. Aujourd’hui, le hockey à Grenoble représente quelque chose d’abouti et on commence à voir d’autres équipes qui prennent le même chemin : Angers, Bordeaux, Rouen ou encore Marseille. Je pense qu’il faut avoir un regard collectif sur le hockey dans l’Hexagone : c’est en travaillant tous ensemble dans la même direction que la ligue française va progresser. »

Durant ta carrière, tu as notamment côtoyé un jeune prodige qui ne cesse de faire parler de lui actuellement : Alexandre Texier. Es-tu surpris de le voir performer dans un club mythique de NHL comme les Canadiens de Montréal ?

« Quand je l’ai vu débarquer à 17 ans dans l’équipe, je me suis dit qu’il avait un talent que je n’avais pas eu la chance de côtoyer jusqu’ici. C’était exceptionnel de pouvoir évoluer à ses côtés et d’assister à l’éclosion d’un phénomène. D’autant que c’est un jeune formé au club et que son père a également été mon entraîneur, donc c’est une belle histoire pour cette famille grenobloise. Pour autant, on ne pouvait pas imaginer qu’il parviendrait à évoluer à ce niveau-là, mais c’était tout le mal qu’on lui souhaitait. Le voir atteindre son objectif est quelque chose d’incroyable. Je sais pourtant qu’il ne veut pas s’arrêter là : il ne se satisfera pas d’un passage éclair à Montréal, il veut s’imposer dans la durée et je pense qu’il a les ressources mentales pour y parvenir. Il a vécu des moments compliqués, mais il est toujours parvenu à se relever. Aujourd’hui, dès que je me lève, je regarde les résumés de ses matches en espérant le voir décisif. Je fais ça uniquement pour lui (rires). »

Ta longévité et ton attachement aux Brûleurs de Loups font de toi une légende du hockey sur glace à Grenoble. Ton maillot a d’ailleurs été retiré en amont d’une rencontre face à Bordeaux en 2023. Quels souvenirs gardes-tu de cette soirée en présence de ta famille, de tes amis et de tes anciens coéquipiers ?

« C’était une soirée particulière pour moi. J’ai joué au hockey parce que c’est un sport collectif, et ce qui me plaisait, c’était le fait d’accomplir un exploit en équipe, le partage des tâches et l’esprit familial qui peut s’en dégager. Forcément, c’était un moment incroyable à vivre et je suis conscient de la chance que j’ai eue, mais j’avais l’impression d’être un peu ailleurs ce soir-là. Je n’ai pas l’habitude de recevoir des distinctions individuelles. J’avais le sentiment que toute l’attention était portée sur moi, alors que si j’ai pu accomplir tout cela, c’est grâce à toutes les personnes que j’ai côtoyées durant ces vingt années. »

Cette saison, le public de Polesud a également pu te voir inaugurer le mur des légendes avec Jacques Reboh. Sur celui-ci figure notamment Benoît Messin, l’ancien médecin du club qui nous a quittés en avril dernier. Peux-tu me parler de la relation que tu entretenais avec lui ?

« Ben’ était dans le hockey depuis plus de 30 ans. On parle de Grenoble, mais il a également travaillé pour l’équipe de France et tous les joueurs français ont croisé sa route au cours de leur carrière. Il nous connaissait tous dans les moindres détails. On pouvait se confier à lui sur des sujets autres que notre seule forme physique. Il était toujours là, toujours disponible. C’était un fan de sport au grand cœur et très attaché à sa famille. C’était également mon médecin depuis mon plus jeune âge et j’avoue que, depuis sa disparition, je n’ai même pas entamé de recherches pour en trouver un autre. C’est encore compliqué pour moi »

Ce dimanche, les Brûleurs de Loups affrontent Rouen en finale de la Coupe de France à Bercy. C’est un rendez-vous que tu connais bien, pour avoir remporté le trophée Pete Laliberté à trois reprises (2008, 2009 et 2017). Quels souvenirs gardes-tu justement de ces moments-là ?

« Ce sont des moments uniques ! Je souhaite aux deux équipes de profiter au maximum de ce bel événement. J’en garde des souvenirs magiques et je suis conscient de la chance incroyable que j’ai eue de pouvoir jouer devant plus de 15 000 personnes à Bercy. C’est la fête du hockey sur glace, et pouvoir y participer en tant que joueur est exceptionnel. Je sais parfaitement dans quel état d’esprit sont les gars : l’excitation de fouler la glace et, en plus, d’affronter un adversaire comme Rouen, c’est une sensation indescriptible. Je suis convaincu qu’on va assister à une très belle finale. »

Contrairement aux play-offs de Ligue Magnus, la finale de Coupe de France se dispute sur un match sec. Est-ce que cela impacte la façon dont on aborde le match en tant que joueur ?

« Oui et non. Même si les play-offs se jouent sur une série, on a l’habitude de prendre les matchs les uns après les autres et, quand on est sur la glace, on joue toujours pour le point de la victoire. Après, on sait pertinemment qu’une erreur en finale de Coupe de France peut être fatale, donc il y a généralement un peu plus de tension durant les premières minutes. Le jeu est plus fermé et un round d’observation s’installe dans le premier tiers, mais avec le public qui pousse, le match se débride par la suite. »

Pour terminer, si tu devais te mouiller un peu, quel serait ton pronostic pour cette finale de Coupe de France ?

« J’ai envie de voir un match serré, avec une victoire des Brûleurs de Loups au bout et un but de Sacha Treille. Donc je dirais que Grenoble va s’imposer 3-2 et que Sacha va marquer, parce qu’il répond toujours présent dans les moments décisifs et aussi parce que c’est mon ami (rires). C’est mon côté chauvin qui ressort. Je peux même te dire qu’il marquera en power-play, dans le slot, en one timer ou sur un rebond. »