Alain Fessler : « Les jeunes sont notre richesse » (17/03/2011)

Président de l’association au GF38 depuis plus de 10 ans, Alain Fessler est un passionné. Il nous livre un regard réaliste mais résolument optimiste sur la situation du club aujourd’hui, aussi bien au niveau des jeunes, son domaine d’action propre, que de l’entité GF38 en général.

Président de l’association au GF38 depuis plus de 10 ans, Alain Fessler est un passionné. Il nous livre un regard réaliste mais résolument optimiste sur la situation du club aujourd’hui, aussi bien au niveau des jeunes, son domaine d’action propre, que de l’entité GF38 en général.

Alain, pouvez-vous d’abord nous rappeler votre histoire avec le GF38 ?
« J’y ai joué dans les années 65 à 68. Je n’ai pas dû faire plus 3-4 ans. Je l’ai quitté et je suis revenu lorsque Jo Perli a repris la présidence du club après le dépôt de bilan période Braillon. Je suis revenu l’aider. Il y a eu un nouveau dépôt de bilan, très difficile à vivre, avec mairie qui n’a pas joué le jeu et n’a pas tenu les promesses faites. J’ai quitté le club à l’époque Christian Termoz et je n’y suis revenu que lorsque il a fallu négocier la fusion avec Norcap, sans aucun rôle précis. La mairie, qui était un peu cheville ouvrière de cette fusion, m’avait demandé de revenir pour pouvoir représenter une autre parole que celle du président Elkaïm, le président de Norcap. On est finalement parvenu à cette fusion, Elkaim a donné sa démission et moi je suis devenu président de l’association, depuis 1999. »

Vous avez évoqué les nombreux remous que vous avez connu lors des années 90. La situation générale ne s’est pas véritablement arrangée ces dernières années. Qu’est ce qui vous a poussé, et vous pousse encore, à vous investir ?
« On aime forcément le foot quand on s’investit comme ça. C’est un sport qui m’a toujours passionné même si son évolution n’est pas forcément conforme aux idéaux que l’on pouvait avoir. Il y a forcément beaucoup de déception liée à ça. Je m’occupe association où je suis très entouré. J’y ai perdu un ami très proche récemment, Robert Calvi, président délégué, qui m’a beaucoup aidé dans mes taches. Il n’est plus là, c’est un vide énorme. On a la chance de s’occuper des jeunes, de la formation. On a une excellente équipe d’éducateurs, on n’a jamais eu d’aussi bons résultats. C’est la vraie valeur ajoutée de ce club, son fond de commerce la vraie richesse. C’est ce qui me pousse à continuer. »

Un travail de formation qui n’a pas vraiment été valorisé ces derniers années si l’on excepte cette saison où ce fut fait plus par obligation…
« J’ai énormément de regrets sur le recrutement fait depuis quelques saisons. Si on avait su garder quelques joueurs de chez nous, aujourd’hui on aurait 2/3 anciens de plus pour encadrer des jeunes qui démontrent tous les jours qu’ils commencent à s’adapter à la L2 et que ça commence à porter ses fruits. C’est dommage, on avait la capacité de mieux figurer dans ce championnat de Ligue 2. »

Dans les « anciens » que vous évoquez, vous pensez à Olivier Giroud ?
« Giroud, c’est un échec. Le problème, c’est que ceux sont arrivés là à l’époque ont estimé qu’à Grenoble c’était t nul, qu’on vivait le Moyen-Age, qu’on ne savait pas former contrairement à ce qui se passait à Sochaux. Psychologiquement, on a estimé que Giroud avait les pieds carrés et n’était pas bon. Il a bien démontré le contraire. Nous on ne voulait pas se séparer de ce garçon qui serait resté au club si on nous avait fait confiance. »

Au-delà du cas Giroud, est ce que Grenoble sait vendre, notamment ses jeunes qui, de toute façon, sont appelés à partir un jour ou l’autre ?
« Non, mais pour savoir vendre il faut être bien intégré au milieu, avoir des contacts que ceux qui ont été chargés des dernières ventes n’avaient pas. Je considère par contre Yoric comme une vente réussie. On ne s’attendait juste pas à la décision de la DNCG. Le retour de Matsui a plombé les choses car il n’était pas prévu masse salariale. Mais Saint-Etienne prenait en charge l’intégralité du salaire. Maintenant 350 000€ versé on peut considérer que c’est le prix du march quand on voit qu’Utaka, à Montpellier, c’est 500 000€… Le transfert n’est plus ce qu’il était. Yoric n’avait pas non plus un temps de jeu extra et ça a fait du bien au club. Je tiens à souligner d’ailleurs son état d’esprit irréprochable. Son papa est d’ailleurs un ancien du club, on sent les gens qui restent attachés à leur couleurs. »

Vous parliez de « richesse » du club au sujet de la formation, le club n’a jamais été aussi riche qu’en ce moment à ce niveau là…
« On a effectivement de belles générations 92/93, qui ont fait un parcours honorable en Gambardella, qui ont a battu les U19 de l’OL 5-0, sont premiers. Les U17 ne sont pas loin non plus. Sur les 3ans qui viennent, on va avoir de beaux joueurs à l’étage supérieur. Le risque, c’est de perdre tout ça. Si on perd notre statut pro, on sera pillé niveau des jeunes qui seront libres sur le marché. On aura des jeunes que l’on recrutera à 15ansn que l’on formera, sans avoir la possibilité de leur faire signer un contrat pro. C’est ce qu’on a connu il y a 10ans. Le dernier c’est Jeremy Pied qu’on a pas pu conserver à l’époque et qui est allé à l’OL avec la réussite que l’on connait. Ce serait une vraie catastrophe mais je pense qu’on va l’éviter. »

Vous parliez d’évolution néfaste du football, le pillage des jeunes en est un des exemples…
« Comme je le dis souvent, en U17, quand on a des résultats, il y a plus d’agents autour du terrain que de parents. C’est un gros problème pour les clubs. On a dû manquer quelque chose : le joueur manifeste plus de confiance à l’égard d’un agent qu’au club qui l’a formé, qu’à ses éducateurs. Pour moi, il y a un vrai sentiment d’échec. Quand on voit l’orientation qu’a donné Sofiane Feghouli à sa carrière, il doit se dire aujourd’hui qu’on avait raison contrairement à son agent. »

Pourtant Grenoble n’a-t-il pas plutôt l’image d’un club familial ?
« Oui, je pense qu’au niveau de l’association, il y a encore un peu de convivialité, des relations très étroites avec les éducateurs. Il y a toujours à améliorer, notamment les installations. Mais elles ne sont pas aussi catastrophiques que l’on veut bien le dire. Je ne veux pas faire le vieux con mais avant on s’entrainait à Bachelard. Aujourd’hui, quand les gamins s’entrainent trop souvent sur un stabilisé on a des appels de parents qui se plaignent. Djorkaeff s’est entrainé sur le stabilisé de Bachelard, cela ne l’a pas empêché de devenir le joueur qu’on connait.
Sur nous points forts également, on a un accompagnement scolaire de grande qualité. J’ai récupéré u ancien proviseur du lycée Jean Bart qui est un mordu de foot et qui nous a apporté énormément. On a des accords avec des collèges/lycées, des classes à horaires aménagés très au point, une convention avec le rectorat moyennant une somme correcte, 45000€ cette année. Des professionnels de l’enseignement public viennent dispenser des cours à nos gamins. ce n’est pas de l’instruction au rabais. Un club comme Auxerre nous a même demandé comment on faisait pour arriver à de tels résultats avec un si petit budget. Ils veulent reprendre notre modèle. Là on a des arguments pour les parents. On a également mis en place des formations professionnalisantes pour les jeunes pour qui le circuit scolaire n’est pas forcément très adapté. Au-delà du foot, on est là pour en faire des hommes.
Ils faut vraiment mettre en avant le travail effectué par nos éducateurs. Des gens qui ont l’amour du club. Sans oublié le rôle joué par Bernard Blaquart. Aujourd’hui, on a une proposition de l’ASSE qui souhaiterait signer une convention avec nous. Ils s’aperçoivent qu’on travaille bien. On ne bat pas deux fois les U19 de l’OL par hasard, surtout en leur collant un 5-0. Ils ne l’ont pas très bien vécu.
»

Quelle est votre vision globale sur l’avenir du club ?
« On a besoin d’une locomotive. Ce n’est pas pareil quand l’équipe 1 est en L1 ou en National. On a besoin qu’elle se stabilise vraiment, qu’il n’y ait plus tous les soucis qui polluent notre action au quotidien. Cela fait parfois des nuits agitées. Il ne faudra pas non plus que cela soit géré n’importe comment comme Index qui a mis de l’argent mais qui l’a utilisé n’importe comment, en ayant aujourd’hui aucun actif. Il faut trouver un passionné, qui a de l’argent, qui accepte de travailler avec le tissu économique local, qui ne se sent plus du tout concerné par le club. On doit également apprendre à mieux utiliser notre stade qui ne doit plus être un mouroir entre les matchs. On a montré qu’on était une ville de foot. Certaines personnes disaient qu’il n’y aurait jamais plus de 6/7000 personnes dans le stade, même en L1. Et puis il y a tout ce que ça a apporté aux petits commerçants à côté. Le foot ce n’est pas que de la violence et du pognon. Enfin, celui qui va reprendre le club va devoir finaliser ce projet de centre d’entraînement qui est dans les tuyaux depuis longtemps. Pour ma part, je resterai au club tant que j’y prends du plaisir et que je peux y travailler avec des gens que j’apprécie. »

Crédit photo : Alain Thiriet

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