Alexandre Rouillard : « On ne peut pas coacher Chambéry et Grenoble de la même manière »

Alexandre Rouillard : « On ne peut pas coacher Chambéry et Grenoble de la même manière »

Café à la main, dans un vestiaire des Diables Rouges qu’il connaît par cœur pour y avoir été tour à tour joueur, responsable matériel et entraîneur, Alexandre Rouillard s’est confié à Métro-Sports. Briançonnais d’origine et désormais à la tête des Éléphants de Chambéry, il revient sur la progression de sa jeune équipe, décrypte son rôle auprès des Brûleurs de Loups dans cette fin de saison sous tension et évoque, sans détour, la suite de son parcours. Entretien avec un passionné qui a le hockey dans le sang.

La saison de Chambéry s’est conclue par une courte défaite sur la glace d’Épinal en huitième de finale. Quel bilan tirez-vous de la saison de votre groupe ?

C’est positif, très positif même. Au début de la saison, on se disait qu’on allait se battre pour ne pas descendre, avec un projet basé sur de jeunes joueurs et un gardien peu expérimenté. Et au final, on termine avec beaucoup de frustration parce qu’on a dominé Épinal, même chez eux, et on se dit qu’on aurait sûrement mérité un troisième match. Ce sont deux matchs qui se sont joués sur des détails, notamment en prolongation. Mais je suis très fier de notre saison et de la progression de mes joueurs. On avait un nouveau projet qu’on avait nommé « Chambéry 2.0 », un projet audacieux qui a porté ses fruits.

Les jeunes joueurs venus renforcer les Brûleurs de Loups ont souvent réalisé de belles performances. Est-ce aussi un motif de satisfaction ?

En effet, c’est un grand motif de satisfaction. On a voulu donner des responsabilités à de jeunes Français. Dans 99 % des équipes de D1, c’est un défenseur étranger qui mène le powerplay, et qui joue sur les unités spéciales. Dans les deux dernières minutes des matchs, ce sont généralement les étrangers qui sont sur la glace. Alors que chez nous, c’étaient Nathan (Nicoud), Niklas (Terglav), Robin (Guidoux)… tous ces jeunes défenseurs français qui avaient de grosses responsabilités à des moments importants.

Forcément, au début de la saison, c’est compliqué parce qu’on dit à ces jeunes qu’il n’y a plus d’étrangers et que c’est donc à eux d’être présents dans les moments essentiels. C’est exactement ce qu’on recherche dans ce projet : leur donner des responsabilités pour qu’ils soient capables de réitérer cela avec les Brûleurs de Loups. Cela a fonctionné, et c’est pourquoi les deux clubs, Chambéry et Grenoble, sont liés.

On a également vu que le public s’est massivement déplacé dans les gradins de la patinoire du Buisson Rond cette saison. Quel regard portez-vous sur ces guichets fermés qui se sont enchaînés ces dernières semaines ?

On fait neuf guichets fermés, c’est incroyable ! Quand on me dit qu’il y a quatre ou cinq ans, seulement une centaine de personnes assistaient aux matchs, et qu’aujourd’hui on enchaîne neuf guichets fermés d’affilée, c’est une vraie satisfaction. Il y a quelque chose qui s’est créé la saison dernière déjà et qui s’est poursuivi cette saison. Les supporters nous ont suivis dès le début, malgré quelques interrogations quant au projet mis en place. Et au final, ils étaient les premiers à communier avec les joueurs à la fin des matchs, même quand on perdait.

On passe peut-être à côté d’un ou deux matchs dans la saison, mais les 28 autres sont de bons matchs. On a travaillé fort jusqu’à la fin et c’est ce que les supporters veulent. Ils ont immédiatement adhéré parce qu’ils voulaient voir du beau jeu, des joueurs qui travaillent et se battent pour le maillot. Il y a une vraie fierté savoyarde que j’ai découverte en arrivant à Chambéry l’an dernier. On se dit que l’année prochaine, il risque d’y avoir quelques changements, mais cela fait partie de l’ADN de ce projet. Il y a des joueurs qui vont partir et d’autres qui vont arriver pour reprendre le flambeau. C’est maintenant à nous, le staff, de faire perdurer cette flamme chaque saison.

On a appris en début de semaine que vous allez épauler Julien Baylacq et Edo Terglav sur cette fin de saison. Comment cette décision a été prise et quel va être votre rôle aux côtés du binôme ?

J’avais déjà épaulé Julien (Baylacq) contre Anglet lors de l’absence d’Edo (Terglav). À partir de ce moment-là, on s’était dit que je reviendrais peut-être donner un coup de main d’une manière un peu différente. Pour être très honnête, lorsque la saison s’est terminée avec Chambéry, je suis venu assister au deuxième match de la série face à Briançon. Edo m’a alors fait part de l’envie du staff de me voir rejoindre le banc pour cette fin de saison afin de créer du lien sur le banc de touche.

C’est un rôle nouveau dans le sens où je ne suis pas seul, comme je peux l’être à Chambéry, où je prends entre 200 et 300 décisions par match. Aujourd’hui, je suis dans un rôle d’assistant avec des missions particulières et je ne regarde donc pas le match de la même manière. Tu peux voir plein de choses, te focaliser sur des attitudes et des détails. Tu peux également faire des retours individuels aux joueurs, certains viennent même me voir pendant le match pour revoir les actions en vidéo. C’est hyper intéressant !

Lors de ce quart de finale, les Brûleurs de Loups affrontent une équipe dirigée par Pierre Bergeron, ancien entraîneur de Chambéry et récemment élu meilleur entraîneur de Ligue Magnus. Est-ce que c’est un parcours auquel tu aspires également dans les années à venir ?

Je ne suis pas quelqu’un qui se projette trop loin. Ce que j’aime vraiment, c’est travailler avec les jeunes joueurs sur leur développement, et c’est pour ça que le projet de Chambéry me correspond autant. Moi, je ne cherche pas à être sous les projecteurs à tout prix. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est le hockey : la tactique, la technique, toutes ces choses-là.

J’ai encore une année de contrat, donc je serai à Chambéry l’année prochaine, et après on verra. Pour l’instant, je suis dans un environnement où je suis challengé tous les jours, où je travaille avec des gens compétents et dans un super état d’esprit. Si on parle juste de ma progression comme entraîneur, je suis exactement là où je dois être, et j’en suis très content. Je travaille aussi beaucoup avec Julien (Baylacq), mais d’une manière différente puisqu’il est manager de Chambéry et qu’il est présent à tous les matchs. On échange beaucoup sur le hockey. Comme c’était un joueur excellent en infériorité numérique, ses retours sur ces phases de jeu sont précieux pour ma progression

Après, je ne sais pas si je serai head coach en Ligue Magnus ou ailleurs dans trois ans. Ce qui compte pour moi, c’est de continuer à être challengé au quotidien. Je n’ai pas peur de travailler, j’avance comme ça, sans trop me poser de questions. Aujourd’hui, je suis dans le meilleur projet qui existe en France, je suis très fier de travailler pour Chambéry et Grenoble. Je me sens bien, ma famille aussi, et pour moi, c’est le plus important.

Ces dernières semaines, les Brûleurs de Loups alternent entre le bon et le moins bon, et on peine à retrouver sur la glace le niveau de jeu affiché en CHL. Vous qui êtes désormais au quotidien avec ce groupe, comment expliquez-vous ces difficultés ?

J’ai fait la préparation avec cette équipe, donc je connaissais déjà les joueurs. J’étais là tous les jours dans le vestiaire avec Edo (Terglav) et Per (Hanberg), donc j’ai pu suivre leur progression. Ce n’est pas une excuse, mais l’équipe actuelle n’est plus tout à fait la même que celle qui a réalisé un magnifique parcours en CHL. Si on parle uniquement des joueurs, il y a des blessés, et il y a aussi eu des départs pour différentes raisons.

Je pense qu’il faut se concentrer uniquement sur les choses qu’on peut contrôler. Sur le troisième match de la série, qui est quasiment une copie conforme des deux précédents, on voit qu’il faut être discipliné, aussi bien sur la glace que dans l’effort. Avec Chambéry, on n’avait pas le choix : avec une équipe aussi jeune, on devait être irréprochables dans l’engagement pour être performants. Mais on ne peut pas coacher une équipe comme Chambéry de la même manière que Grenoble. Ce sont deux projets différents, avec des joueurs et des expériences différentes.

Aujourd’hui, avec le staff, on doit trouver une autre manière de gagner. Chacun a sa façon de faire, mais nous, il faut qu’on trouve la nôtre. Pour résumer simplement, il y a énormément de talent dans cette équipe de Grenoble, ça ne fait aucun doute. Elle a été capable de réaliser de très belles performances en CHL, et c’est normal que tout le monde s’y réfère. Mais une saison est longue. Je peux comprendre que les supporters soient un peu déçus, parce que l’équipe est peut-être moins performante en ce moment. Mais au final, l’objectif, c’est de gagner les matchs. Et c’est sur ça qu’on se concentre, match après match. Il n’y a pas non plus de sentiment d’urgence : les séries sont longues, et il ne faut pas perdre la tête après une défaite.