Corentin Nicaise (AS Domarin) : « Un exploit historique et une fierté pour tout un village »

Corentin Nicaise (AS Domarin) : « Un exploit historique et une fierté pour tout un village »

Buteur décisif lors de l’exploit retentissant de l’AS Domarin (R3) face au voisin du FC Bourgoin-Jallieu (N2) en Coupe de France samedi dernier, Corentin Nicaise s’est livré. Entre émotions familiales, souvenirs de centre de formation et amour du football amateur, le milieu de terrain de 32 ans revient sur ce moment d’histoire pour son club.

Crédit photo : Clémence Nicaise

Corentin, deux jours après ce magnifique exploit, l’émotion est-elle un peu retombée ou êtes-vous encore sur un petit nuage à Domarin ?
« 
C’est quand même redescendu ! Nous avons entraînement ce soir (mardi) et le championnat reprend ses droits ce week-end. Mais c’est vrai que c’est encore marrant de voir les réactions autour de nous. Ce matin encore, en déposant mon fils à l’école, on m’en reparle, on me félicite. On sent que les gens en parlent toujours. Mais de mon côté, à titre personnel, c’est redescendu, c’est certain. »

Domarin avait déjà fait de beaux parcours, mais éliminer une équipe de National 2, qui plus est Bourgoin-Jallieu, c’est le summum dans l’histoire du club ?
« Oui, et au-delà de l’écart de niveau, c’est surtout le derby ! Une grande partie de notre équipe est passée par Bourgoin, que ce soit en jeunes ou en seniors. On attendait ce match depuis un petit moment, on l’a eu, et en plus on le gagne ! Donc c’est clair que c’est beau, c’est magnifique. »

L’objectif avant le match était vraiment de faire tomber cette équipe ou avant tout de faire une belle fête à Domarin ?
« Je dirais un peu des deux. On était surtout contents pour le club parce qu’on savait que ça allait ramener du monde et mobiliser beaucoup de personnes. On savait que ce serait une belle fête quoiqu’il arrive. Mais on avait quand même ce petit truc en tête : on se disait qu’on pouvait le faire. On ne s’est pas joué le match dans nos têtes avant de rentrer sur le terrain, mais on y croyait. Dans ce genre de confrontation, le plus important, c’est le début de match. Quand tu vois qu’au bout de 20-25 minutes tu les accroches, que tu n’es pas déstabilisé, tu y crois de plus en plus. L’exploit devient alors permis, et c’est ce qui s’est passé. »

Ne pas prendre de but face à une N2, c’est aussi une immense satisfaction collective ?
« C’est clair, surtout que nous avions pris pas mal de buts depuis le début de la saison, en championnat comme en coupe. Pour sortir une équipe comme ça, tu n’as pas le choix : collectivement, tu dois être énorme, et les gars ont été incroyables ! On a été bien ensemble. De par notre début de saison où on prenait des buts, être aussi solides va nous donner beaucoup de confiance pour la suite. »

Corentin Nicaise : « Bourgoin-Jallieu est un club que j’aime »

A titre personnel tu as une histoire avec le FCBJ puisque tu y es passé avant d’intégrer le centre de formation de Grenoble avant d’y revenir en seniors…
« C’est un club qui m’a formé quand j’étais jeune. J’y ai passé une année après mes débuts à Domarin, ça a été un tremplin avant d’intégrer Grenoble. J’y suis ensuite revenu en seniors après mon passage à l’AS Saint-Étienne. J’y ai passé de très bons moments avec des gars que je retrouve encore aujourd’hui dans l’équipe à Domarin, comme Julien (Le Diodic) ou Anto Sejalon. Du côté de Bourgoin, il ne reste plus grand monde de mon époque, à part Yanis Mecheri, mais je connais tous les dirigeants et le président. C’est un club que j’aime. »

Aujourd’hui, quand on est un bon jeune à Domarin, la suite logique est de rejoindre le FC Bourgoin-Jallieu ?
« Clairement, c’est l’étape d’après. C’est l’équipe qui joue au plus haut niveau dans les catégories jeunes du secteur. À Domarin, nous avons un très bon niveau et de belles structures pour un club de village. Jusqu’à un certain âge, il n’y a pas forcément besoin de partir : mon fils est en U7 à Domarin et on affronte déjà Bourgoin. Mais plus tard, en U13 ou U15, si tu as de la demande et que tu veux franchir un palier, c’est beaucoup plus intéressant d’y aller. »

Si tu compares cette victoire avec ton épopée en U19 Nationaux avec Grenoble (buteur en demi-finale du championnat et finaliste de l’épreuve), est-ce ta plus belle émotion dans le foot ?
« À Grenoble, c’était un souvenir personnel, dans un objectif d’aller plus haut. Le but que je marque en demi-finale U19 reste un souvenir incroyable, mais là, l’émotion est toute autre. Domarin, c’est mon club. J’y ai toute ma famille, mes potes, je suis revenu pour ça. Ce match contre Bourgoin, c’est mon meilleur souvenir en termes d’émotion collective. Voir les gamins du club, les gens heureux, tout un village qui célèbre… C’est au-dessus. »

À Grenoble, tu partageais ta chambre avec Florian Thauvin au centre, tu as joué avec Ruben Aguilar et toute cette génération incroyable… As-tu des regrets de ne pas avoir percé au plus haut niveau ?
« Non, pas de regrets. J’avais un peu de qualités, mais je n’étais pas exceptionnel et je n’ai pas assez bossé pour y arriver. La maturité et la notion de travail me sont venues plus tard… ou presque jamais (rires). Donc je ne me dis pas que j’aurais pu faire une grosse carrière pro. J’ai vécu de belles émotions en amateur avec Bourgoin en CFA/CFA 2, avec des super mecs. Et aujourd’hui, à Domarin, je joue avec ma famille. J’ai une pensée pour mon oncle qui était président et qui est décédé. J’ai joué avec mon frère, mon cousin, mes parents se donnent pour le club… Je suis très content de ma petite carrière amateur. Avoir encore ce genre d’émotions à 32, c’est très cool ! »

Tu as un regarde sévère sur ton niveau, tu étais capitaine des U17 et surclassé avec la grosse équipe U19. Tu ne penses pas que le facteur réussite est intervenu ? Le dépôt de bilan de Grenoble est arrivé au mauvais moment pour toi par exemple.
« C’est vrai que le dépôt de bilan de Grenoble est mon principal regret car c’était un club familial qui me correspondait parfaitement. Ensuite, je suis parti à Valenciennes, mais je n’ai pas tenu mentalement. J’avais besoin de retrouver mon village de Domarin, donc je suis rentré. Je suis finalement allé à Saint-Étienne un peu par défaut, mais j’ai eu des blessures et c’était peut-être trop gros pour moi. Mais au fond, c’est mentalement que je n’étais pas prêt. Quand je vois Flo Thauvin, avec qui j’étais en chambre, j’étais bien loin de sa mentalité de gagnant. Pour lui, c’était tout ou rien : il allait être pro et rien d’autre ne comptait. Moi, j’étais dans le délire de me dire « au pire, je rentre à Domarin ». Quand tu pars avec cette mentalité, c’est plus compliqué. »

Ce cocon villageois a donc été un frein pour le haut niveau, mais c’est finalement une force aujourd’hui vu ton épanouissement dans le foot ?
« C’est exactement ça, c’est parfois un avantage et un désavantage. Mais je suis bien content de l’avoir parce qu’aujourd’hui, ça me permet de relativiser. Au final, je vis des émotions immenses avec mes copains, mon village et ma famille. »

Que peut-on vous souhaiter pour le prochain tour ?
« Pour être honnête, Bourgoin c’était un peu le tirage ultime ! Le reste viendra bien plus tard si des Ligue 2 ou Ligue 1 font leur entrée, mais ce sera compliqué. L’idéal maintenant serait de refaire un tour à la maison. Avec l’entrée en lice des clubs de Ligue 3, comme Bourg-Péronnas par exemple, on aimerait bien tirer un beau match à domicile. »

« C’est dur d’arrêter »

En championnat (R3), avez-vous l’ambition de monter ?
« Julien (ndlr : l’entraîneur) ne va pas être content que je dise ça, mais nous sommes un club limité au niveau des infrastructures. Être à ce niveau avec un groupe de potes qui tient depuis plusieurs années, notamment grâce au gros travail de Julien, c’est déjà magnifique. On joue le haut de tableau en R3, on ne refusera pas la montée si l’opportunité se présente, mais notre objectif premier, c’est de faire de gros matchs. C’est pour ça que la Coupe est un véritable objectif, ça maintient tout le monde concerné. »

À 32 ans passés, penses-tu à la fin de carrière ?
« Ça fait pas mal d’années que je me dis que je vais me retirer, mais quand la saison démarre, c’est dur d’arrêter ! Pour l’anecdote, avant le match de Bourgoin, j’avais les adducteurs qui tiraient à l’échauffement. J’enchaînais les frappes avec Florian Victorino et je lui ai dit : « Tu sais quoi ? J’arrête de frapper, je sens que ça tire. Je ne vais pas en avoir beaucoup, il faut que je me la garde pour le match. » Au final, pendant le match, j’ai dû frapper une ou deux fois, et c’était la bonne ! On en a reparlé après le match, on aurait dit que c’était écrit. »

Tu gères beaucoup de pépins physiques ?
« Oui, j’ai un passif avec mes hanches depuis mes années à Saint-Étienne, ce qui me crée des soucis de pubalgie et d’adducteurs. L’année dernière, j’ai fait une saison un peu blanche. Cette année, je fais pas mal de renforcement à côté, ce que je ne faisais pas quand j’étais jeune. C’est ce qui me permet de tenir avec l’âge. Tant que je pourrai le faire, je le ferai. »

Au-delà de cette affiche de coupe, sentez-vous une ferveur particulière autour du club les week-ends ?
« Oui, l’équipe est très bien suivie. Beaucoup de gens de Bourgoin, qui ont connu notre époque, viennent nous voir à Domarin parce qu’ils savent qu’il y a un bon niveau et qu’ils s’identifient plus facilement à nous. Le groupe de Bourgoin tourne beaucoup aujourd’hui, il ne reste que des nouveaux, donc c’est plus dur pour les locaux de s’y apparenter. Chez nous, on garde cette identité. »

Vous mettez un point d’honneur à mettre en avant tout le club dans ce succès…
« C’est essentiel. Je suis heureux pour mes parents, les dirigeants, les gamins du club. Gérer une association aujourd’hui, c’est très difficile. Je suis d’ailleurs rentré dans le bureau pour m’occuper du sponsoring. Mine de rien, la R3 ça coûte cher : les déplacements, le prix de l’essence, les trois arbitres à payer… Les sociétés ont moins de budget, il faut se battre pour survivre. Alors, quand on peut faire des interviews, on ne refuse pas : ça fait parler du club, ça fait de la pub et ça donne le sourire à tout le monde ! »

Tu évoquais ton fils, il devait être fier de son papa ce week-end, c’est aussi pour ça qu’on joue  ?
« Oui, il était super content ! Le matin, j’étais avec lui parce qu’il avait un tournoi (avec pas mal de matchs gagnés), et le soir c’est lui qui est venu me voir jouer et gagner. C’était vraiment une grosse et belle journée pour nous ! »