« En 36 ans, j’ai tout connu avec ce club » : entretien avec Willy Libert, l’emblématique responsable matériel des Brûleurs de Loups

« En 36 ans, j’ai tout connu avec ce club » : entretien avec Willy Libert, l’emblématique responsable matériel des Brûleurs de Loups

Alors que les Brûleurs de Loups entament leur demi-finale face à Angers ce vendredi, Métro-Sports est parti à la rencontre d’un personnage emblématique : Willy Libert. Responsable matériel depuis 36 ans, il incarne à lui seul la mémoire vivante du club grenoblois. Arrivé presque par hasard au début des années 90, celui qui rêvait à l’origine de devenir boucher a finalement consacré sa vie au hockey, traversant les générations et les titres. Reconnu pour son dévouement et sa gentillesse, il s’est confié dans un entretien long format empreint de nostalgie.

Willy, les supporters grenoblois ont été inquiets de ne pas te voir sur le banc ces dernières semaines après ta fracture à la main. Comment vas-tu ?

On va dire que ça va mieux pour rassurer tout le monde, mais en réalité, ce n’est pas le top. Ce n’est pas encore totalement consolidé, mais ce n’est pas grave. On est là pour avancer, pour travailler et le reste on s’en fout. J’aurai le temps de me soigner après les play-offs.

Cela fait 36 ans que tu œuvres en tant que responsable matériel au sein des Brûleurs. Peux-tu nous raconter ton parcours et tes débuts dans le monde du hockey ?

C’est en 1974, lors du déménagement de mes parents, que mon histoire avec le hockey a débuté. Nos voisins adoraient ce sport et j’ai donc voulu en faire avec mon frère, mais cela coûtait trop cher. J’ai tout de même continué à suivre parce que mon oncle était fan de hockey. Et puis on était dans une période où il était plus facile d’aborder les joueurs, donc j’ai pu sympathiser avec eux. Puis arrive la saison 1990-1991, le club a un problème pour partir en play-offs parce que leur responsable matériel, qui n’était pas professionnel en ce temps-là, travaillait et ne pouvait donc pas accompagner l’équipe. Ils m’ont alors demandé de le suppléer et j’ai accepté. Mais pour être honnête, je ne servais à rien, je ne faisais que remplir des bouteilles d’eau (rires). C’est pourtant comme ça que mon histoire avec les Brûleurs de Loups a commencé.

Et pourtant, ce n’était pas le métier auquel tu aspirais au départ. On m’a parlé de ton envie de devenir boucher. Tu confirmes ?

Et oui, c’est vrai ! J’ai même un « CAP Boucher » en poche. Mon rêve, c’était de reprendre une boucherie dans un vieux village. Mais l’obligation de rejoindre l’armée ne m’a pas permis de continuer dans cette voie-là. En sortant de l’armée, je travaillais dans une grande surface en tant que boucher, mais cela ne me convenait pas et j’ai donc changé de voie.

Tu effectues depuis plus de 30 ans un métier de l’ombre mais essentiel dans une équipe de hockey. Peux-tu nous parler justement de ton quotidien et des qualités d’un bon responsable matériel ?

Je ne sais pas s’il y a un responsable matériel meilleur qu’un autre, car on a tous nos spécificités. On est là pour que les joueurs et les entraîneurs arrivent les mains dans les poches et repartent les mains dans les poches. C’est là l’essentiel de notre métier. On doit donc s’occuper de tout. En intersaison, on accompagne les joueurs qui partent et ceux qui arrivent, on leur commande leur matériel pour que tout soit prêt lors de leur arrivée pour le camp d’entraînement au début du mois d’août. Et puis pendant la saison, c’est de l’entretien, des commandes de matériel, des affûtages, des lavages, des déplacements avec l’équipe. Enfin, c’est tout un tas de choses qu’on ne voit pas forcément mais qui sont indispensables. C’est un peu comme les coachs : on ne les voit pas faire de l’analyse vidéo pendant des heures chez eux et pourtant c’est indispensable. L’essentiel dans notre métier, c’est que l’entente avec le staff et les joueurs soit bonne et c’est le cas depuis mes débuts aux Brûleurs de Loups.

Ton rôle semble aller bien au-delà de tes missions quotidiennes, avec une dimension presque “paternelle” dans le vestiaire grenoblois. Est-ce une image dans laquelle tu te reconnais ?

Bien sûr ! Le vestiaire de Grenoble est comme les autres vestiaires de Ligue Magnus, même si une légende circule sur la froideur de celui-ci. En réalité, c’est un groupe qui est soudé, uni et chacun prendra la défense de l’autre si besoin. C’est une force de ce collectif. Forcément, j’ai une relation particulière avec les joueurs parce que je suis là quand ils arrivent à l’entraînement et je suis là quand ils repartent. Ils savent qu’ils peuvent se confier et me solliciter dès qu’ils ont le moindre problème dans la journée. Je serai toujours disponible !

En 36 ans, tu as vécu énormément de moments forts avec les Brûleurs de Loups. Quels sont les souvenirs qui te marquent le plus ?

J’ai eu la chance d’être présent pour le titre en 1991, mais je venais à peine de démarrer donc ce n’est pas celui qui m’a forcément le plus marqué. Par contre, je garde un super souvenir de la Coupe de France en 1994 et du sacre en 1998 parce que j’étais pleinement investi au service de l’équipe. Ce sont des moments qui restent très particuliers, mais en réalité il y en a plein d’autres. Je me souviens d’avoir pleuré comme un bébé après les départs de Julien Baylacq et de Christophe Tartari, mais ces émotions-là, j’en ai eues avec plein d’autres joueurs. J’en revois certains, j’échange par téléphone avec d’autres, mais ce sont tous ces bons moments passés ensemble que je garde en mémoire.

Ton travail et ta longévité ont été mis à lors du match contre Nice le 1er mars. Qu’as-tu ressenti en recevant ta médaille du travail des mains de Jacques Reboh ?

Je n’aime pas être mis dans la lumière, pas du tout même. Pour autant, je mentirais en disant que ce n’était pas un moment plaisant. Voir plus de 4 000 personnes qui scandent votre prénom, c’est un moment vraiment intense. Mais c’est vrai que je n’aime pas ça, parce que les spectateurs viennent pour les joueurs, les entraîneurs et non pour le responsable matériel. Je pense que ces applaudissements étaient surtout une reconnaissance de mon travail et peut-être de ma gentillesse aussi. J’entends souvent parler de ma gentillesse, mais je ne m’en rends pas compte, je suis naturel. Je suis d’un naturel gentil, mais je protégerai l’équipe quoi qu’il arrive, c’est sûr !

Lors de cette remise, le président a annoncé que tu serais encore là dans dix ans. Est-ce que tu as fait les mêmes calculs ?

C’est son rêve (rires). Mais non, il ne me reste pas dix ans. J’ai regardé il n’y a pas longtemps et je devrais continuer au plus tard jusqu’au 30 juin 2030. Mais je m’arrêterai sûrement avant, ou alors je continuerai différemment, sans faire les déplacements. Ces dernières semaines, j’ai souhaité que Florent Leblanc soit au contact de l’équipe. Il a fait le choix de quitter une équipe élite (Mulhouse puis Briançon, ndlr) pour rejoindre un centre de formation. Mais je lui ai fait une promesse et je la tiendrai : c’est lui qui va prendre ma place après mon départ. Et je suis persuadé que tout se passera très bien. Il s’entend avec tout le monde, donc je suis serein.

Willy, pour conclure notre entretien, j’aimerais que tu puisses rassurer tous les supporters des Brûleurs de Loups. Est-ce que Grenoble va remporter cette Ligue Magnus ?

Je ne me pose même pas la question… bien sûr qu’on va aller la chercher ! Comme on dit à Grenoble : « on n’est pas des quand même ». Alors avec tous les joueurs de l’effectif, tous les jeunes du centre de formation qui viennent nous prêter main forte et tous les joueurs de Chambéry qui brillent… on a un gros avantage par rapport à d’autres clubs et on en profite. On a su les mettre dans de bonnes conditions et ils nous le rendent bien. Moi, je suis sûr à 1 000 % que l’on va être champions, mais quoi qu’il arrive, l’équipe fera tout pour y parvenir !