« On doit en tirer les conclusions » : Jacques Reboh revient sur la saison blanche des Brûleurs de Loups
Alors que les Brûleurs de Loups ont conclu la saison 2025-2026 sans le moindre titre, le président du club grenoblois, Jacques Reboh, a accepté de revenir sur une saison mouvementée. Un entretien tout en franchise, oscillant entre regrets et volonté de revenir encore plus fort l’an prochain.
Jacques, les Brûleurs de Loups viennent de conclure leur saison sans le moindre titre. Cela n’était plus arrivé depuis 2021. Quel est le sentiment qui prédomine quelques jours après cette défaite contre Bordeaux ?
C’était la saison des actes manqués. Avec tous les événements sportifs et extra-sportifs que l’on a connus, c’est une saison qui a été longue et compliquée. Il y a eu le décès de Benoît Messin, « l’affaire Crinon », le départ de Per Hanberg, un parcours en CHL riche en émotions mais qui nous a consommé beaucoup d’énergie… c’était loin d’être un long fleuve tranquille. On n’a pas non plus été épargnés par les blessures, avec encore sept absents lors du dernier match. Je crois que beaucoup d’équipes en France n’auraient même pas pu jouer avec autant d’absences. Heureusement que l’on a pu compter sur nos jeunes.
Mais c’est vrai que c’est l’année durant laquelle il y a eu le plus de joueurs indisponibles. Est-ce qu’il faut travailler davantage sur la préparation ? Est-ce que ce sont des blessures accidentelles, comme pour Weigel et Mallet ? On fera le point pour en tirer des conclusions. On finit tout de même la saison avec deux finales. Bien sûr, je ne m’en contente pas en tant que président d’un club qui a l’habitude de ramener au moins un trophée ces dernières années. Cette année, ce ne sera pas le cas, donc il faut en tirer des conclusions pour ne pas reproduire cela la saison prochaine.
Pourtant, cette saison avait démarré sur les chapeaux de roue, avec une belle épopée européenne qui s’est conclue par une courte défaite sur la glace de Frölunda, le futur vainqueur.
Je parlais d’actes manqués précédemment, et je crois que cette double confrontation contre Frölunda en fait partie. On est très proches de créer la sensation face au futur vainqueur. Après, on pourrait réécrire l’histoire : si Pontus (Englund) ne perd pas le palet au niveau de la ligne bleue à Polesud, si on ne prend pas ce but en fin de match, si on accroche une prolongation en Suède… on ne sait pas ce qui aurait pu se passer. Certes, c’est un parcours qui a été incroyable, mais on en veut toujours plus. Après la CHL, ce groupe semblait alors construit pour empocher les deux autres trophées qui nous restaient (la Coupe de France et la Magnus). Mais nous ne sommes pas parvenus à conserver notre équipe, avec des départs importants et des événements extra-sportifs qui ont enrayé notre dynamique. On n’a alors jamais vraiment pu être sereins, malgré les belles émotions et les promesses affichées en CHL.
Parmi ces événements extra-sportifs qui ont émaillé la saison grenobloise, il y a les suspensions de Pierre Crinon (15 matches). En tant que président, comment avez-vous vécu ces absences répétées sur la glace ?
Pierre a énormément de qualités, et ce sont justement ces qualités qui nous ont fait défaut. Parmi les quinze matches qu’il a ratés cette saison, il y a eu des rendez-vous importants. On l’a encore vu ce samedi, son absence s’est fait ressentir. On ne peut pas se priver d’un de nos bons défenseurs, et cela a été le cas à plusieurs reprises cette saison. Forcément, c’est une situation qui me contrarie fortement. En ce qui concerne l’affaire entre Pierre Crinon et Matt O’Connor, cela a commencé sur la glace et s’est terminé au tribunal. Je trouve que c’est dommage pour notre sport. Je suis agacé par cette situation et par les polémiques qui sont venues gêner notre préparation, comme on a pu le voir contre Briançon. Cela abîme notre image, alors qu’on se démène pour être exemplaires. Au final, ce n’est pas le cas … c’est fatiguant.
On a également vu de nombreux mouvements en cours de saison, avec notamment les départs d’Alexis Binner et de Petter Birkheim, ainsi que les arrivées de Martin Karlsson, Nolan Zajac ou encore Andrius Kulbis-Marino. Est-ce que vous pensez que cela a pu déstabiliser un groupe qui avait montré des signes de satisfaction en CHL ?
Bien sûr ! Ce sont des mouvements qui sont également liés aux nombreuses blessures. On a fait venir des joueurs d’expérience, avec un fort esprit collectif, comme Martin Karlsson ou Nolan Zajac. Mais malgré tout, cela reste une situation déstabilisante qui modifie tous les équilibres. Vous commencez une aventure avec un groupe, mais celui-ci évolue, et on l’a ressenti au fil de la saison. Pour être factuel, vous avez par exemple un trio qui fonctionne très bien sur la deuxième ligne, mais qui se retrouve progressivement bouleversé, avec des changements de partenaires et donc des affinités à reconstruire sur la glace. Ce sont des éléments qui vous font perdre en confiance et en performance. Il y aura forcément une remise en cause au niveau du recrutement. On devra travailler différemment, même si les blessures demeurent un aléa que l’on ne maîtrise pas.
Malgré tout cela, on va quand même chercher une finale de Ligue Magnus, alors que tout le monde nous voyait sortir dès les quarts de finale après le départ de Per Hanberg. D’autant que Briançon était une équipe en grande forme et qu’on a ensuite laissé pas mal d’énergie contre Angers. En plus de se qualifier au bout du septième match, on a pratiquement eu un blessé par match dans cette série. En finale, on tombe sur des Bordelais qui ont été meilleurs que nous. Je ne l’ai pas toujours dit : une année, on perd contre Rouen alors qu’on semblait meilleurs, idem contre Bordeaux en demi-finale où on a manqué de réussite. Mais cette année, ils étaient meilleurs.
Justement, le départ de Per Hanberg après la claque reçue contre Rouen en Coupe de France a suscité des interrogations. Comment en êtes-vous venu à prendre cette décision à quelques semaines du début des playoffs ?
Pour être honnête, c’est une décision que j’ai prise avant même la finale. Une victoire aurait pu lui donner un léger sursis, et encore, ce n’est pas sûr. On était arrivés à un point de non-retour et, même pour lui, c’était compliqué. Per (Hanberg), c’est davantage un orateur qu’un travailleur, contrairement à Edo (Terglav). Au fil des semaines, il avait perdu son vestiaire et les gars étaient de moins en moins réceptifs. Ses consignes n’étaient plus écoutées, son discours non plus. Cette rupture avec les joueurs le fragilisait et compliquait son travail au quotidien.
En plus de cela, les valeurs du club n’étaient pas respectées. Quand nos joueurs français veulent partir parce qu’ils n’ont pas assez de temps de jeu, ou que nos jeunes n’en ont pas suffisamment pour progresser, c’est un problème. Quand on part à Anglet avec un joueur qui ne joue pas une seule minute alors qu’on mène de trois buts, quand on emmène deux jeunes pour, au final, deux minutes de présence sur la glace, ce sont des choses que je ne pouvais pas entendre. C’est contraire aux valeurs de notre club et à la formation que l’on prône. C’est pareil pour des joueurs comme Guillaume Leclerc, qui se retrouve en quatrième ligne avec huit minutes de jeu et sans présence en powerplay.
Ce sont des discussions que j’ai eues avec Per (Hanberg), qui avait une vision différente de celle du club. Quand j’ai pris la décision de mettre un terme à notre collaboration, il n’y a pas eu un joueur dans le vestiaire pour s’y opposer. C’est une personne que j’apprécie vraiment, avec laquelle je suis encore en contact, mais il fallait que nos chemins se séparent. Si je ne le faisais pas après le match contre Rouen, je n’avais plus la possibilité de le faire avec le début des playoffs. Personne ne saura s’il aurait pu nous permettre de remporter la Ligue Magnus, mais pour le confort des joueurs, du staff et le sien, il fallait que cela s’arrête.
Depuis le début de cet entretien, on a beaucoup parlé des jeunes joueurs venus prêter main-forte aux Brûleurs de Loups. Cela me permet aussi de dresser un bilan de la saison des Éléphants de Chambéry : une moyenne d’âge qui dépasse à peine les 20 ans, le record de points du club en D1, une qualification pour les playoffs… les motifs de satisfaction sont nombreux.
Tout à fait ! On a la chance d’avoir Alexandre Rouillard, qui est quelqu’un d’adorable et parfaitement taillé pour encadrer une équipe de jeunes. Avant, nous avions des coachs comme Pierre Bergeron (actuel entraîneur et directeur sportif de Briançon) qui étaient aussi là pour leur carrière, alors qu’avec Alexandre (Rouillard), on est vraiment dans une logique de formation. Pour faire un parallèle entre Grenoble et Chambéry, j’étais fier de perdre contre Épinal avec des joueurs qui ont tout donné, alors que j’étais déçu de perdre contre Bordeaux avec des guerriers que je n’ai jamais vraiment retrouvés en finale.
Je suis vraiment content d’avoir ce club satellite. En revanche, je regrette que la fédération nous mette des bâtons dans les roues. Elle refuse que l’on soutienne financièrement Chambéry, alors que c’est un club qui n’est pas autonome. Je trouve cela vraiment dommage pour la formation des talents français de demain. Tous nos jeunes joueurs prometteurs, comme Sacha De Smitt, Maxime Toukmatchev ou encore Hugo Raveaud, ne peuvent pas évoluer uniquement avec les Brûleurs de Loups. Ils doivent avoir du temps de jeu en D1 pour progresser. Malgré cette position condamnable de la fédération, je reste satisfait du parcours de formation mis en place.
Cette saison étant terminée, j’imagine que vous travaillez déjà sur la prochaine, avec de gros remaniements à prévoir. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
On a des ambitions encore plus grandes pour la saison prochaine. On a déjà deux ou trois joueurs en tête, notamment un attaquant au CV incroyable et un défenseur solide. Si nous parvenons à attirer ce type de profils, on aura un effectif encore plus qualitatif. En espérant que Pinta (Matija Pintaric) fasse aussi le job dans les cages l’an prochain. Concernant l’entraîneur, on a également une short-list. On va se voir avec Edo (Terglav) dans les prochains jours avant d’évoquer tout cela. Il n’y a rien d’acté pour l’instant, tout devrait se décanter dans les semaines à venir. On aimerait aussi organiser un événement de pré-saison à Polesud avec des équipes européennes …
Jacques, pour conclure cet entretien, avez-vous un message à faire passer aux supporters grenoblois ?
C’est incroyable de pouvoir compter sur leur soutien. Ils ont une énergie folle, et on l’a encore vu samedi malgré la défaite. Je veux leur dire merci et leur dire que je suis fier de ce qu’il se passe dans les tribunes de Polesud. J’ai toujours voulu être le meilleur sur la glace, dans le respect des joueurs et dans l’organisation, mais je n’avais pas la main sur ce qu’il se passait en tribunes. On est sur le chemin pour devenir également les meilleurs au niveau de l’ambiance, en continuant avec la même ferveur et le même engouement. Bientôt, on pourra dire qu’on est les meilleurs de partout.



