« Il y a beaucoup de joie et de fierté » : Mathieu Cianci décrypte la réussite du FC Seyssins, fraîchement promu en Régional 2

« Il y a beaucoup de joie et de fierté » : Mathieu Cianci décrypte la réussite du FC Seyssins, fraîchement promu en Régional 2

Arrivé en 2022 sur le banc du FC Seyssins, Mathieu Cianci a dû tout reconstruire : une équipe reléguée en Départemental 1, un effectif décimé et un projet jeunes à réinventer. Quatre ans plus tard, le bilan est remarquable avec deux montées acquises, une Coupe de l’Isère remportée et un 7e tour de Coupe de France disputé au Stade des Alpes. Derrière ces résultats, c’est tout un club qui s’est structuré et engagé au quotidien, sur le terrain comme en dehors, en développant des initiatives à forte dimension sociale. Un travail collectif récemment récompensé par l’accession historique de l’équipe fanion en Régional 2. L’entraîneur et directeur sportif revient, pour Métro-Sports, sur les coulisses de cette réussite dans un entretien long format à consommer sans modération.

Mathieu, le match nul décroché sur la pelouse de Montréal-La-Cluse (0-0) est synonyme d’accession en Régional 2. C’est la première fois de son histoire que le FC Seyssins évoluera à ce niveau. Quels sentiments prédominent quelques heures seulement après cet accomplissement ?

Le premier mot qui a traversé le vestiaire après le match, c’était « enfin », parce qu’on attendait cela depuis plusieurs semaines. Malgré notre belle série de résultats, nos concurrents suivaient le rythme que l’on imposait et retardaient ainsi l’échéance. Ce qui est paradoxal, c’est qu’on est sacrés champions sur l’une de nos prestations les moins abouties de la saison. Il y avait donc un peu de frustration à ce niveau-là. Et puis, on jouait à l’extérieur, donc on était un peu seuls au monde pour fêter ça. Pour autant, la réalité de l’exploit a rapidement pris le dessus. Aujourd’hui, il y a surtout beaucoup de joie et de fierté, parce qu’on part de loin.

Avec une montée assurée à trois journées de la fin, ainsi que la meilleure attaque et la meilleure défense du championnat, le FC Seyssins a réalisé une saison quasi parfaite. Comment expliques-tu une telle réussite ?

Historiquement, le club n’a jamais joué en Régional 2 et, quand on voit les clubs qui composaient notre poule, on prend davantage conscience de la performance réalisée. On avait vécu une année très compliquée la saison dernière, où les garçons avaient engrangé de l’expérience dans la difficulté. On a commencé cette saison avec deux défaites en deux matchs, donc on avait peur de revivre cela. Pour autant, les garçons n’ont pas abdiqué parce que le contenu proposé laissait entrevoir des motifs d’espoir. Cette envie de produire du jeu et de prendre du plaisir nous a finalement permis d’être invaincus depuis le 21 septembre dernier. Je crois que c’est ma plus belle série en 23 ans sur un banc de touche. Au niveau des ambitions du club, mais aussi d’un point de vue financier, on sait très bien que ce n’est pas notre place, mais il y a une dynamique humaine et sportive qui a pris le dessus.

D’autant qu’en remontant le fil de l’histoire, tu as pris les rênes de cette équipe en 2022. Le FC Seyssins venait alors d’être relégué en Départemental 1. Quatre ans plus tard, le club a connu deux montées (en Régional 3 puis en Régional 2), remporté une Coupe de l’Isère et disputé un 7e tour de Coupe de France contre Le Puy au Stade des Alpes. Comment analyses-tu la réussite de ce projet initié à ton arrivée ?

La première année de ce projet est assez inexplicable parce que tout nous tombe dessus à ce moment-là. Le club est relégué et il reste seulement trois joueurs au moment où j’arrive. En plus, une erreur dans le statut de l’arbitrage ne nous permet pas d’avoir huit ou six mutés, mais seulement quatre. Il faut donc reconstruire sur pas grand-chose. Progressivement, on voit des joueurs qui avaient arrêté le foot ou que j’avais rencontrés dans le passé nous rejoindre pour tenter l’expérience. On a alors reconstruit sur cette notion de plaisir dans une saison où la refonte du championnat de Départemental 1 (passage de deux à une seule poule, ndlr) condamnait de nombreuses équipes. On sent pourtant qu’il se passe quelque chose à ce moment-là, avec une équipe qui a attiré le respect et la sympathie. Le respect parce qu’on avait une équipe travailleuse qui proposait un football alléchant, et de la sympathie parce que les garçons étaient proches de toutes les personnes au club. Ils étaient là pour donner avant même de recevoir. Cela a dégagé une atmosphère qui m’a mis en confiance. On a la chance d’avoir des dirigeants qui ont favorisé cela également. C’est pour ça que notre montée en Régional 2 est avant tout collective. La vie associative est au cœur de notre projet, les éducateurs ont suivi cette dynamique et c’est tout un club qui avait comme mission de prendre du plaisir. Avec ce socle que l’on a construit, les résultats ont suivi, une dynamique en appelle une autre et une histoire s’écrit. Pour autant, à chaque fois que j’ai pris le stylo, je ne savais pas ce que j’allais écrire sur la page suivante. C’est aussi cela la beauté du sport.

Je sais que tu avais déjà hésité à rempiler en raison d’une vie familiale et professionnelle bien remplie. Est-ce que le challenge qui attend le FC Seyssins en Régional 2 t’incite à être de nouveau à la tête de l’équipe fanion la saison prochaine ?

Forcément, on a eu des discussions à ce sujet avec les dirigeants. Le compromis s’est finalement fait autour de la responsabilité technique. En plus d’une vie familiale et professionnelle bien remplie, j’ai un mandat électif depuis avril. Pour pouvoir concilier tout cela, j’ai donc demandé à rendre la responsabilité technique pour ne plus gérer les catégories U14 à seniors mais uniquement le pôle seniors / U19. Je serai également à la tête de l’équipe fanion. Au regard de ce qu’on a construit humainement et de la possibilité pour moi de retrouver un niveau régional que j’ai connu par le passé, c’est l’organisation choisie pour la saison à venir. On verra ensuite la décision que l’on prendra pour ne pas tomber dans une forme de lassitude. Mais le club voulait poursuivre et moi, je ne me voyais pas lâcher le groupe, donc c’est la meilleure solution pour tous.

En observant les difficultés actuelles d’Eybens mais aussi du Rachais, on mesure l’écart important entre la Régional 3 et la Régional 2. Tu as également pu connaître cela en entraînant l’AC Seyssinet au plus haut échelon régional. Comment appréhendes-tu justement la saison qui attend le FC Seyssins ?

Forcément, les résultats de certains clubs du bassin grenoblois en Régional 2 nous alertent sur la marche à franchir. On a eu la chance, tout de même, de se confronter à des écuries de ce niveau-là en Coupe Laura, mais aussi en Coupe de France ces deux dernières années. Paradoxalement, on est également une équipe qui parvient à se mettre au niveau de l’adversaire. Pour autant, on a un vrai besoin de compléter l’effectif sur l’aspect technique, même s’il faudra garder le plus grand nombre de joueurs qui ont écrit l’histoire ces dernières saisons. On aura cette fraîcheur d’une équipe qui vient de monter et il faudra capitaliser sur cette dynamique de promu pour rivaliser en Régional 2. On est conscients des attendus du niveau, mais je ne veux pas en faire toute une montagne non plus. On a encore un mois et demi pour trouver les bons joueurs. Et ces derniers ne seront pas forcément les meilleurs footballeurs, parce qu’on veut avant tout des hommes de valeurs. Le reste, c’est au staff de l’amener pour être régulier et travailler dans la bonne direction.

En parlant de recrutement, la question de la rémunération des joueurs a pris de plus en plus d’ampleur dans le football isérois ces dernières années. Quel regard portes-tu sur cela à l’aube d’un mercato qui peut s’avérer déterminant pour le FC Seyssins ?

Pour nous, la donne est assez simple, parce qu’on ne peut pas offrir quelque chose que l’on n’a pas. D’ailleurs, on voit que les clubs qui font l’inverse repartent généralement d’encore plus loin. Je pense qu’il y a une loi d’offre et de demande contre laquelle on ne peut pas lutter. Il faut essayer de se concentrer sur l’identité que l’on veut avoir. Pour le moment, il n’y a pas de prime et encore moins de salaire fixe au FC Seyssins où les payent leur licence. Après, je ne juge pas qu’un garçon qui vient d’avoir des enfants ou qui est sur la fin de sa carrière arrive davantage à se libérer du temps avec un petit pécule. C’est facile de critiquer, mais il faut aussi se demander comment on réagirait si la proposition venait à nous. Par contre, il existe aussi une grande quantité de joueurs qui cherchent un projet pour s’épanouir sans contrepartie financière. Je pense qu’il y a une place pour un public qui n’est pas uniquement consommateur, comme certains pourraient le laisser entendre. J’essaie de proposer un projet humain et sportif attrayant, et ceux qui veulent embarquer avec nous sont les bienvenus. On est vraiment dans cet état d’esprit-là, bien que je puisse comprendre que des clubs aient recours à cela pour gagner du temps. Mais je trouve qu’on passe à côté d’un aspect identitaire qui fait l’essence même de notre sport. Je suis convaincu que ce qui va plus vite ne va pas forcément plus loin.

On a beaucoup parlé de l’équipe fanion, mais ce n’est pas la seule satisfaction de cette saison au FC Seyssins. En effet, d’autres formations de jeunes peuvent encore prétendre gravir un échelon : les U18 pourraient monter en R1, les U19 en D1, les U15 R2 sont actuellement deuxièmes, les U15 et U17 D1 sur le podium… Qu’est-ce qui fait la réussite de ce projet axé sur les jeunes ?

C’est notre plus belle réussite parce qu’elle demande une coordination encore plus importante qu’une seule équipe seniors. Quand je suis arrivé, le club gravitait autour de 500 licenciés contre 630 aujourd’hui. Cela demande une certaine organisation pour composer avec le peu de terrains et de vestiaires à notre disposition. L’objectif était d’avoir de la stabilité et de la continuité entre les différentes générations. Cela nous permet de travailler avec une certaine visibilité et d’offrir un cadre sécurisant à nos jeunes. On s’est astreints à ce travail depuis plusieurs saisons, avec comme finalité le fait d’alimenter nos équipes seniors. Tout le monde veut évoluer avec des jeunes formés au club dans son équipe fanion, mais certains oublient de regarder en amont pourquoi cela n’arrive pas. Les résultats que tu as évoqués ne sont que la partie visible de tout le travail réalisé. Mais si ces derniers étaient moins bons, je serais tout de même fier de ce qui a été mis en place. Aujourd’hui, j’ai trois joueurs évoluant en U20, deux en U19 et deux en U18 qui s’entraînent au quotidien avec moi et qui ont joué au moins cinq matchs en Régional 3. On commence donc à voir les prémices de ces générations qui ont profité d’une offre sportive intéressante pour rester au club. En parallèle, on met en place des initiatives éducatives et associatives pour créer un sentiment d’appartenance encore plus important. On forme nos éducateurs en interne pour favoriser cela. Pour moi, c’est un beau bilan en quatre ans ! J’espère que cette dynamique va se poursuivre, mais je n’ai pas trop de doutes car les personnes concernées sont déjà au travail.

Au-delà de l’aspect sportif, des initiatives à destination de la jeunesse sont également mises en place. Peux-tu me parler du dispositif d’entraide scolaire qui permet aux joueurs et joueuses U10 à U19 de faire leurs devoirs avant les séances ?

On ne voulait pas se cantonner uniquement au football, qui est souvent la première privation quand les enfants n’ont pas de bons résultats scolaires. On avait des éducateurs et des dirigeants au FC Seyssins qui pouvaient accompagner nos jeunes sur ces questions-là, tout en contribuant à l’acquisition du Label Jeunes FFF Espoir. On travaillait également sur les cycles de foot à l’école, qui montraient des premiers signes de réussite, donc on a souhaité poursuivre dans cette voie-là. Pour autant, on ne voulait pas pointer du doigt des jeunes en difficulté et construire ainsi un projet plus discriminant que valorisant. C’est pour cela qu’on a bâti ce dernier sur la notion d’entraide, c’est-à-dire que les jeunes ayant plus de facilités dans le milieu scolaire peuvent aider ceux qui connaissent davantage de difficultés. On crée ainsi de l’entraide entre les joueurs d’une même équipe, mais aussi entre joueurs d’équipes et de catégories différentes. Des U20 donnent par exemple de leur temps pour aider les U12 ou U13. Il y a actuellement une quinzaine de participants, avec des créneaux adaptés aux séances d’entraînement pour que les parents ne fassent pas plusieurs trajets. C’est un dispositif qui prend de plus en plus d’ampleur et que l’on souhaite évidemment pérenniser, parce qu’il nous permet d’avoir un autre lien avec les joueurs et leurs familles. Franchement, c’est une belle réussite.

Dans la même veine, le club a lancé une cagnotte participative afin d’offrir les meilleures conditions possibles aux licenciés du FC Seyssins. Quel bilan tires-tu de cette initiative ?

Très souvent, quand des clubs connaissent des difficultés pour financer des projets, ils augmentent le prix des licences, demandent davantage de subventions aux municipalités ou cherchent de nouveaux sponsors. J’avais l’intime conviction qu’en informant les familles des projets que l’on souhaitait mettre en place, ces dernières pourraient nous aider à les réaliser à travers cette cagnotte. On a réussi à collecter, pour l’instant, près de 7 000 €, notamment grâce à un joli don du secteur privé. Je pense que la réussite de cette initiative repose sur le lien de confiance entretenu avec les familles du club. Tout le monde est conscient que l’euro versé dans la cagnotte va permettre de financer les projets du club. Il n’y a pas une équipe seniors qui monopolise 80 centimes sur cet euro versé. On a donc pu financer tout ce qu’on avait prévu au lancement de cette cagnotte : un baby-foot dans le club-house, le développement du soutien scolaire, une cage amovible supplémentaire et un mini-bus qui a été financé en partie par l’argent récolté. On est constamment sur du concret, les personnes peuvent le voir, et cela dans le but de contribuer à l’épanouissement de nos licenciés. C’est ce qui fait la réussite de notre projet.

Mathieu, notre entretien touche à sa fin. Que peut-on te souhaiter, sur le plan personnel mais aussi pour le FC Seyssins ?

Mon premier souhait, c’est de voir tout ce qu’on a construit ces dernières années se stabiliser. Je fais partie de ces gens qui sont heureux de voir les autres s’épanouir, alors si je peux voir tous les membres du club être fiers et concernés, je serai le plus heureux. Personnellement, si je peux éviter ma première relégation en 23 ans de coaching la saison prochaine, j’en serai également ravi (rires). Il y a quatre ans, j’ai fait un choix du cœur et je ne le regrette absolument pas. Mon cœur bat peut-être différemment, mais il bat toujours aussi fort, si ce n’est plus !

Pour conclure cet entretien, je te laisse le mot de la fin. Si tu souhaites t’adresser à ton staff, à tes joueurs, à tes bénévoles ou plus largement au football isérois, la parole est à toi.

Je suis très heureux des quatre années passées avec les membres du club dans ce rôle de responsable technique. Je les respecte pour ce qu’ils font et ce qu’ils sont, en espérant que notre histoire soit la plus belle et la plus longue possible. En ce qui concerne les acteurs du football isérois, je leur souhaite à tous le meilleur. On n’est pas en concurrence malsaine. Je pense que c’est bien qu’on se tire mutuellement vers le haut. Il faut qu’on soit solidaires et intelligents à l’échelle de notre territoire, parce que cette société a déjà suffisamment de tensions pour qu’on en rajoute. Mais je trouve que le microcosme sportif isérois s’est apaisé, et c’est très positif.