« On voulait redonner vie au quartier » : Abou Dieng raconte la renaissance de l’USVO
La mise en lumière des clubs du bassin grenoblois se poursuit sur Métro-Sports. Après le Mistral FC, le FC Seyssins et l’AJA Villeneuve, c’est au tour de l’Unité Sportive du Village Olympique (USVO) d’être mise à l’honneur, autant pour ses résultats sportifs que pour ses actions auprès des jeunes. Un projet multidimensionnel que nous avons évoqué avec Abou Dieng, vice-président du club et figure incontournable du football grenoblois.
« Après avoir travaillé le président pendant des années pour remonter une équipe senior à l’USVO, Faycal Ray obtient enfin l’aval pour la saison 2015-2016. Il prend alors directement son téléphone et m’appelle pour me demander de devenir l’entraîneur ». C’est ainsi que le renouveau du club de quartier grenoblois commence. Une aventure humaine avant d’être sportive, partagée par « beaucoup d’anciens » engagés dans une restructuration totale : « Quand on arrive, le club végète : il n’y a plus que 80 licenciés, le matériel à disposition est précaire, les dirigeants sont esseulés ». Face à ces obstacles, la priorité s’établit autour de la formation des jeunes : « On voulait retrouver le club que l’on a connu auparavant en axant nos efforts sur l’école de foot et sur les catégories jeunes ». Un projet qui se concrétise sous la présidence de Faouzi Ghrairi et l’arrivée d’un bureau compétent qui travaille d’arrache-pied. Et cela paie puisque le club se structure et gravit un à un les échelons jusqu’à atteindre le graal cette saison : devenir champion de D1 et monter en R3. Une performance qui coïncide avec le retour de Farès Achouri dans son club de cœur après des expériences à La Murette et au GF38 : « Farès était dans le projet de l’USVO avant même notre arrivée. C’est lui qui maintenait le club en vie avec d’autres jeunes du quartier comme son frère Mheidi, Omar Abcir, Nabil Archi ou encore Hichem Barim. Quand j’arrive, je lui conseille d’aller à La Murette pour qu’il puisse engranger de l’expérience mais je lui fais la promesse que je ferai appel à lui quand le club sera de nouveau en D1 ». Une promesse tenue puisque le bureau décide de lui confier les rênes de l’équipe fanion cette saison malgré « le bon travail effectué par Jérôme Bougeat ». La venue de Farès Achouri, « un entraîneur du quartier qui connaît parfaitement le football grenoblois et notamment les jeunes joueurs », permet alors d’étoffer l’effectif pour vivre une saison qui restera dans les annales du club. « Il a apporté dynamisme et rigueur en s’entourant d’un staff compétent qui est attaché à notre club : Satar, Olco, Thora, Fares. Ce sacre, c’est aussi le leur, ils le méritent ».
Ce sacre est pourtant loin d’être le seul motif de satisfaction d’Abou Dieng au moment de dresser le bilan de cette saison. Avec les montées des catégories U13 (au niveau 1), U15 (en U16 R2), U19 (en D1) et une dernière confrontation décisive pour les U17, c’est tout le travail effectué sur les jeunes qui est récompensé. « Une fierté » pour le vice-président qui a vu le nombre de licenciés ne cesser d’augmenter ces dernières années : « On est passé de 80 licenciés à notre arrivée à plus de 420 aujourd’hui. Le nombre de licenciés à notre arrivée représente le nombre de jeunes inscrits à l’école de foot maintenant. C’est une belle récompense ». Pour encadrer tous ces jeunes, le club peut alors compter sur des entraîneurs qui connaissent bien l’USVO : « Tous nos éducateurs sont des joueurs que l’on a formés par le passé. Même s’ils jouent parfois dans d’autres clubs, ils donnent de leur temps en étant parfois encore plus impliqués que nous. On est très fiers de cette transmission générationnelle parce qu’elle redonne de la vie au quartier ».
Redonner vie au quartier, voilà aujourd’hui la principale vocation de l’USVO : « On est là avant tout pour faire du social et de la pédagogie. Notre objectif, c’est de former des citoyens avant de former des footballeurs ». Pour cela, Abou Dieng ne manque pas d’idées, lui qui a fait de l’engagement associatif le moteur de sa vie depuis 2010 et les émeutes à la Villeneuve : « Le traitement médiatique montrait une mauvaise image de nos quartiers. On ne parlait jamais de toutes les initiatives mises en place pour soutenir une jeunesse qu’on a progressivement abandonnée ». Ayant grandi entre Mistral où vivait sa maman, le Village Olympique où résidaient ses grands-parents et la Villeneuve où se trouvait le domicile de son père, Abou Dieng connait mieux que personne les besoins de ces quartiers grenoblois : « Je voulais donner une image positive de ces endroits qui ont été laissés à l’abandon par les pouvoirs publics. Quand je vois tout l’investissement des bénévoles de l’Abbaye, de l’AJA Villeneuve, du FC2A, du Mistral FC ou de l’USVO pour les jeunes, je me dis que ces clubs réalisent un travail énorme malgré de faibles subventions. Sans ce tissu associatif grenoblois, la situation serait pire dans une ville que l’on pointe du doigt pour les mauvaises raisons. C’est pour cela que je me bats au quotidien, pour montrer une autre image de la ville, de nos quartiers et de nos jeunes ». Une philosophie de vie que le vice-président de l’USVO a souhaité transmettre au sein de son club à travers un projet réalisé autour du vivre-ensemble. « On trouve que les personnes ont du mal à communiquer et à vivre ensemble. On a donc souhaité aborder des thèmes comme la violence avec le sociologue Marwan Mohammed mais aussi Farid Benlagha, le réalisateur de la comédie musicale La Haine, qui est venu débattre avec nos jeunes sur les différents sujets de société. On s’est rendu compte qu’un jeune qui se sent bien et qui est épanoui au quotidien, c’est un joueur qui sera bon sur le terrain. C’est ça aussi la force de notre projet, on accompagne nos jeunes pour qu’ils se sentent bien ». Cela demande un engagement quotidien des différents bénévoles de l’USVO qui sont prêts à tout, jusqu’à rechausser les crampons pour renforcer l’équipe réserve. C’est ce qu’Abou Dieng a fait cette année, lui qui a pris sa première licence au club en 1981 : « On a monté une équipe réserve en catastrophe pour qu’il y ait deux équipes seniors. On est encore qualifiés en Coupe de l’Isère mais j’espère que ce sera la dernière fois que je chausse les crampons. J’ai des courbatures pendant une semaine après les matchs. Ce n’est plus de mon âge » sourit celui qui a évolué sous les couleurs de plusieurs équipes de l’agglomération grenobloise.
La saison prochaine, il regardera donc son équipe se confronter au niveau régional depuis la main courante en espérant qu’elle puisse atteindre ses objectifs : « Il y a peu de clubs qui peuvent se targuer d’atteindre le niveau régional après être repartis au plus bas, surtout pour un club de quartier. C’est pour cela qu’on reste modestes avec le peu de budget que l’on a eu et des infrastructures limitées. On veut rester humbles tout en profitant de la saison qui nous attend en R3. Il y a des enfants du quartier, fidèles au club, qui vont découvrir ou redécouvrir ce niveau comme Mheidi Achouri, Omar Boudali ou Aymen Ghrairi. On va d’abord essayer de se maintenir et on verra ensuite ce que cette aventure nous réserve ». Une aventure qui va permettre au Village Olympique de faire partie des trois clubs de quartier grenoblois, avec l’AJA Villeneuve et le FC2A, à évoluer au niveau régional. Une fierté pour cet homme profondément attaché à sa ville : « Je dédie notre montée à tous les clubs de quartier, à tous les habitants du Village Olympique sans oublier notre président, Faouzi Ghrairi, sans qui tout cela ne serait jamais arrivé. Je sais qu’avec lui on va aller loin ». C’est tout ce qu’on peut souhaiter à ce club qui soufflera sa cinquantième bougie le 4 juillet prochain. L’occasion de réunir une fois de plus tous les suiveurs du football grenoblois.
Crédit photo : USVO

